Une fissure est apparue sur votre façade et vous ne savez pas si elle est grave ? Elle s'allonge d'une saison à l'autre ? Une porte ferme mal, un carrelage se soulève, et vous vous demandez si le bâtiment travaille ?
C'est la question la plus fréquente qui m'est posée, et celle sur laquelle circulent le plus d'approximations. Une fissure ne se juge ni à sa longueur ni à sa photo : elle se juge à son tracé, à son ouverture, à son évolution et à ce qui se passe sous le bâtiment.
Toutes les fissures ne se valent pas
Il faut d'abord distinguer ce qui relève de l'esthétique de ce qui engage la structure. Un faïençage d'enduit de façade, un réseau de microfissures superficielles ou un retrait de mortier n'ont pas la même portée qu'une lézarde traversante.
Ces seuils donnent un ordre de grandeur, pas un verdict. Une microfissure qui s'ouvre régulièrement en dit plus long qu'une fissure de trois millimètres stabilisée depuis vingt ans.
Comment savoir si une fissure est grave ?
Plusieurs éléments permettent de trancher, et aucun ne se lit correctement sur une photographie envoyée par message. Voici ceux que je regarde en premier.
Ce que je regarde d'abord sur une fissure
Le tracé
En escalier le long des joints de parpaings, horizontale au droit d'un chaînage, en biais depuis un angle de baie : chacune raconte une histoire différente.
L'ouverture
Mesurée au fissuromètre, pas estimée à l'œil et encore moins sur une photographie.
L'évolution
Une fissure stabilisée et une fissure vivante n'appellent pas la même réponse. Si c'est utile, je vous indiquerai comment poser un témoin.
Ce qui se passe dessous
Fondation, nature du sol, végétation, réseau d'eaux pluviales, travaux voisins. La cause est presque toujours là.
Si vous découvrez ces fissures en visitant un bien que vous envisagez d'acheter, la question se pose autrement : il ne s'agit plus de réparer mais de savoir ce que vous achetez, et cela relève du conseil avant achat.
Le retrait-gonflement des argiles dans les Landes
10,4 Mmaisons individuelles exposées
Selon le service des données et études statistiques du ministère de la Transition écologique (SDES), 10,4 millions de maisons individuelles se situent en zone d'exposition forte ou moyenne au retrait-gonflement des argiles, soit 54 % du parc. Le phénomène représente 36 % du coût des indemnisations du régime de catastrophe naturelle.
Les Landes cumulent des situations très contrastées : sols sableux du plateau landais, poches argileuses de la Chalosse, terrains de bord de rivière. Les mouvements différentiels y sont fréquents entre une période de sécheresse marquée et un épisode de fortes pluies. Une maison fondée superficiellement, sur un sol hétérogène, encadrée d'une végétation mal maîtrisée, réunit toutes les conditions.
Mais l'argile n'explique pas tout. Une fissure peut tout aussi bien provenir d'une fondation insuffisante, d'un défaut de chaînage, d'une reprise de charge mal étudiée, d'une infiltration qui déchausse les fondations ou d'un ouvrage voisin. Attribuer trop vite un désordre à la sécheresse ferme des recours qui étaient ouverts.

Ce que je détermine sur place
Ma mission consistera d'abord à répondre à ces questions :
- D'où vient le désordre ?Argile, fondation, chaînage, infiltration, ouvrage voisin : la cause commande tout le reste.
- Est-il stabilisé ou évolutif ?C'est ce qui sépare une reprise cosmétique d'une reprise en sous-œuvre.
- Menace-t-il la solidité de l'ouvrage ?Toutes les fissures ne mettent pas un bâtiment en cause, et le dire clairement fait partie du travail.
- Quels recours vous restent-ils ?Assurance, garanties légales, responsabilité d'un tiers. Ces portes ne restent pas ouvertes indéfiniment.
Je relèverai les fissures, leur tracé et leur ouverture, et j'examinerai les abords : végétation, réseau d'eaux pluviales, travaux récents, entre autres selon la configuration. Je vous remettrai ensuite un avis motivé. Si une surveillance dans le temps est nécessaire, je vous indiquerai comment la mettre en place.
Fissures et catastrophe naturelle
Face à lui, vous avez la possibilité de mandater votre propre expert pour mener une contre-expertise contradictoire et défendre une indemnisation à la hauteur des travaux réellement nécessaires. C'est souvent ce qui sépare une reprise cosmétique d'une reprise en sous-œuvre.
Si les fissures apparaissent sur une construction récente, la question relève des garanties légales et de la recherche de responsabilités. Et si l'eau est dans l'équation, ce qui est fréquent, l'analyse rejoint celle de l'humidité et des infiltrations.
Où j'interviens ?
J'interviens sur Dax et Saint-Paul-lès-Dax, sur Mont-de-Marsan, et beaucoup en Chalosse et en Tursan, où les sols argileux travaillent. Je me déplace également en Gironde, dans le Lot-et-Garonne, le Gers et les Pyrénées-Atlantiques, tous concernés par le retrait-gonflement.
Faites examiner une fissure tôt : la cause est plus facile à établir, et vos recours restent ouverts.
Questions fréquentes sur les fissures
Une fissure de moins de 2 mm est-elle sans danger ?
L'ouverture seule ne suffit jamais à conclure. Ce qui décide, c'est le tracé et l'évolution. Une fissure fine qui progresse à chaque saison mérite plus d'attention qu'une fissure large et figée depuis longtemps.
Mon assurance a refusé la garantie catastrophe naturelle, est-ce définitif ?
Un refus repose sur un rapport technique, et un rapport technique se discute avec un autre rapport technique. Encore faut-il produire des constats précis plutôt que des affirmations, ce qui suppose une visite sur place.

Christophe Dufau
Expert bâtiment certifié OFIB · Compagnon Charpentier des Devoirs du Tour de France
Sur une fissure, je traite la chaîne entière : la nature du sol, les fondations et les abords d'abord, puis ce que la structure a encaissé au-dessus, chaînages, planchers et reprises de charge.
